L’unité de la nation signifie que chaque composante sociale doit être comme les autres. Et, être comme les autres, c’est faire comme les autres ; et faire comme les autres, c’est s’organiser comme les autres ; s’organiser comme les autres, c’est créer et animer une communauté politique de la basse côte, c'est-à-dire réussir à créer une unité fonctionnelle du « tout-nation » autant que les autres communautés, une force active capable de rompre avec l’inertie sur la scène politique de notre pays.
En République de Guinée, la nation comme ses composantes sociales et culturelles ressemble de nos jours à une société segmentaire.
Une société segmentaire : Qu’est-ce que c’est ?
Il faut distinguer nettement la segmentation sociale, division d’un groupe en sous-ensembles séparés par leur existence et leurs activités, et la notion de société segmentaire. Il ne s’agit pas dans ce dernier cas de simples subdivisions en clans, sous-clans ou sous-lignages, ni un processus de fission en fonction de la croissance démographique, de déplacements plus ou moins importants, de querelles intestines, mais bien d’un « type d’organisation sociale sans gouvernement stable, découpée en segments et sous-segments qui se ressoudent selon certaines normes sociales, pour faire face temporairement à des conflits parce qu’un principe de solidarité unit ces segments, grâce à l’existence d’une morale et des rituels communs ».
L’affirmation d’appartenance au sous segment, soit au segment, soit à l’ensemble, varie selon l’origine ou la nature des pressions extérieures. C’est en cela que les alliances sont toujours le fait des circonstances et des nécessités vitales.
Ainsi, solidarité et hostilité sont affaires de situations et de règles d’appartenances aux segments emboîtées. Les tendances centripètes s’affirment dans le danger, les tendances centrifuges dans la vie courante.
Il n’ y a pas d’unité sans conscience de l’unité ; et la conscience de l’unité se forge à travers le regard que l’autre porte sur nous et celui-là que nous portons sur l’autre, regard fourni par les expériences vécues et qui fondent une croyance partagée de ce que l’on représente aux yeux des autres et ce que les autres représentent à nos yeux. Cela s’appelle la conscience de soi.
Les expériences politiques, avant et après l’indépendance de la Guinée placent, les fils de la basse côte, autant d’ailleurs que les autres composantes sociales du pays, mais encore plus eux que les autres, dans un besoin de reconnaissance et d’affirmation de l’identité propre. La satisfaction de ce besoin de reconnaissance, à mon avis n’a rien de méchant. Bien au contraire. Elle doit favoriser une dynamique de l’organisation sociale des différentes composantes sociales de la nation en tant que mouvement social et donc, en tant que force politique nécessaire, qui obéit à la loi de la dichotomie, c'est-à-dire des forces divergentes entre lesquelles se partagent l’élan de développement. La satisfaction de ce besoin n’a rien de méchant parce que la basse côte ne fait qu’emboiter le pas à d’autres entités qui sont allées d’ailleurs plus loin que la simple intention de se constituer en une unité.
Ceci dit, la basse côte doit être comme les autres. Mais, comment être comme les autres ? Pour les fils de la basse côte, être comme les autres, c’est faire comme les autres ; et faire comme les autres, c’est s’organiser comme les autres ; s’organiser comme les autres, c’est créer et animer une communauté politique de la basse côte, c'est-à-dire réussir à créer une unité fonctionnelle, une force active capable d’influencer le cours de l’histoire de notre pays, de façon positive.
Ainsi, la notion de société segmentaire, annoncée plus haut, s’applique aussi bien aux différentes composantes sociales et culturelles de la nation, dans son ensemble, qu’à chaque sous-ensemble de ces composantes. Mais cette notion de société segmentaire, en ce moment précis de l’histoire politique de la Guinée, semble plus proche de la basse côte que des autres ensembles sociaux ou culturels. Pourtant, du moins à mon avis, l’unité de chaque composante géographique constitue un gage pour l’unité de la nation toute entière. Or, au regard des formations politiques de la Guinée, fondée sur des bases ethniques, donc culturelles ou géographiques, il est clair que seule la basse côte n’est pas encore parvenue à réaliser son unité pour une formation politique représentative et active. Et, à en croire Monsieur le Président de la République, le Professeur Alpha Condé, dans une métaphore qui édifie d’ailleurs, la Guinée est comme une voiture à quatre roues : La haute Guinée, la Moyenne Guinée, la Guinée Forestières et la Basse Guinée. Vous conviendrez avec moi que la « roue » Basse Guinée est absente. C’est pourquoi il faut la mettre en place pour que la voiture Guinée bouge pour une destination commune. Voilà pourquoi les fils de la basse côte se doivent de s’unir pour s’unifier, s’unifier pour une unité dynamique de l’organisation, en vue de compléter le nombre requis de roues pour la « voiture » Guinée.
Il s’agit, plus qu’une nécessité vitale, une exigence de la cohésion nationale. Pour s’en convaincre, c’est vrai, les réalités des récentes élections présidentielles ont démontré que la basse côte est la côte régulatrice des scrutins en Guinée. En effet, le Professeur Alpha Condé n’a-t-il pas fait une main tendue expresse à la basse Guinée ? La Haute Guinée reconnue comme le substrat des électeurs du candidat du RPG était-elle, à elle seule, capable de faire élire le Professeur ? « Laissez-moi rencontrer le Professeur. Il y’a plus d’une vingtaine d’années que vous êtes derrière le Professeur, il n’est pas arrivé au pouvoir. Nous, nous sommes venus pour le porter au pouvoir ». Ainsi s’exprimait Monsieur Mamadou Sylla FUTURELEC aux thuriféraires du RPG.
C’est pourquoi les fils de la basse côte se doivent de prendre conscience du fait qu’ils constitueraient, dans la réalisation d’une unité en tant que partie intégrante du « tout-nation », une force politique pesante autant que les autres communautés. C’est peut être ce qui explique toutes les interprétations, parfois tendancieuses, d’une volonté de mettre en place une formation politique et trouver un leader dont les qualités intrinsèques permettent le rassemblement des fils de la basse côte.
L’organisation politique de la basse côte doit exister. Il s’agit peut être d’un « égocentrisme », mais d’un égocentrisme autorisé, puisqu’il s’agit d’une attitude partagée par toutes les zones géographiques et aires culturelles de la Guinée. Ceci ressemble à ce que l’on appelait autrefois « Le racisme antiraciste », c'est-à-dire que si tu n’es pas quelque peu raciste, tu risques d’être victime du racisme des autres.
Nul n’ignore que le paysage politique de la Guinée reflète les différences sociales et naturelles des guinéens. L’existence et même « l’institutionnalisation » des coordinations régionales est une traduction expresse de cette évidence sociologique.
Younoussa Camara, sociologue politique Tel : 64.26.86.64 E-mail : tontonyou2001@yahoo.fr
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